Pendant longtemps, les organisations se sont préparées aux risques en misant sur l’anticipation et la planification. Pourtant, de plus en plus, ce ne sont plus les risques prévisibles qui entraînent des interruptions majeures, mais plutôt les événements inattendus, soudains, parfois inimaginables. Ransomware paralysant une entreprise en quelques minutes, rupture de fournisseur critique à l’autre bout du monde, crise sociale qui paralyse un site, hausse tarifaire instantanée qui fragilise des marges, bris d’infrastructures essentielles, décisions gouvernementales imprévues, etc.
Nous ne sommes plus seulement dans un monde incertain. Nous sommes entrés dans l’ère de l’imprévisibilité.
L’imprévisibilité, au-delà de l’incertitude
Selon Jean-François Caron (2013), « l’imprévisibilité se distingue de l’incertitude par l’impossibilité de modéliser les événements futurs ou d’en estimer la probabilité ». Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de gérer ce que l’on connaît mal, mais aussi ce que l’on ne peut ni prévoir ni quantifier.
Cette réalité est confirmée par plusieurs constats récents :
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52 % des entreprises québécoises ont été affectées par un événement climatique ou environnemental au cours des 12 derniers mois (Québec Net Positif / Ouranos, 2025).
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Les cyberattaques ont augmenté de 37 % au Canada en un an (Rapport RBC 2024).
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68 % des dirigeants estiment que leur chaîne d’approvisionnement est plus vulnérable aujourd’hui qu’avant la pandémie (Banque de développement du Canada, 2024).
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76 % des organisations se disent préoccupées par les risques émergents, mais seulement 10 % ont un plan structuré pour y faire face (QNP / Ouranos, 2025).
Ces chiffres sont clairs : l’effet de surprise est devenu un facteur stratégique, capable de fragiliser même les organisations les mieux équipées.
Trois grandes sources d’imprévisibilité
L’imprévisibilité prend plusieurs formes. Pour mieux l’analyser et mieux s’y préparer, on peut la regrouper en trois grandes catégories :
1. Imprévisibilité technologique et opérationnelle
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Cybermenaces et ransomware
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Dépendances TI/infonuagiques
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Pannes électriques ou télécommunications
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Fragilité des chaînes d’approvisionnement
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Défaillance de fournisseurs essentiels
2. Imprévisibilité environnementale et sociale
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Inondations, feux de forêt, tempêtes, verglas
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Impacts climatiques sur les infrastructures
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Événements sanitaires
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Pénurie de main-d’œuvre
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Pression sociale ou risques liés à la sécurité
3. Imprévisibilité économique, tarifaire et politique
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Inflation et volatilité des marchés
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Hausse soudaine des coûts de transport et énergie
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Décisions gouvernementales imprévues
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Instabilité géopolitique
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Risques tarifaires et commerciaux
Pourquoi les approches traditionnelles atteignent leurs limites
La gestion traditionnelle des risques repose sur trois étapes : identifier – analyser – atténuer. Mais cette approche fonctionne surtout pour les risques connus. Elle devient insuffisante lorsqu’on entre dans un univers :
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sans historique fiable
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sans probabilité mesurable
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sans scénario établi
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avec une vitesse de propagation élevée
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et des interdépendances en cascade
Dans ces situations, les plans rigides sont rapidement dépassés. Les organisations doivent alors basculer vers des réflexes d’adaptation rapide, parfois sans cadre prédéfini.
Les erreurs fréquentes des organisations face à l’imprévisible
Beaucoup d’organisations tombent dans l’une ou l’autre de ces pièges :
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Sous-estimer les dépendances critiques
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Croire que les assurances remplaceront la résilience
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Penser que « ça n’arrivera pas ici »
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Limiter la préparation à des plans documentés mais peu exercés
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Oublier l’agilité décisionnelle et la gouvernance en crise
Comment se préparer autrement ?
Faire face à l’imprévisible ne veut pas dire tout prévoir. Cela signifie être prêt à continuer quand un choc survient.
Cela repose sur trois leviers essentiels :
1. Capacité d’absorption
Réduire la vulnérabilité opérationnelle
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Diversifier les fournisseurs critiques
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Accroître les redondances ciblées
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Protéger les actifs essentiels (TI, électricité, communication)
2. Capacité d’adaptation
Être capable de se reconfigurer rapidement
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Plans de contingence évolutifs
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Exercices réguliers
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Gouvernance de crise efficace
3. Capacité d’agilité
Décider vite et agir efficacement
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Définition claire des rôles décisionnels
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Équipes prêtes à l’action
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Culture organisationnelle orientée résilience
Conclusion
L’imprévisibilité n’est pas un phénomène temporaire. Elle redéfinit durablement la façon dont les organisations doivent gérer leurs opérations et leur continuité d’affaires. Ce n’est plus une question de plans uniquement, mais de capacités organisationnelles — absorber, décider, agir, rebondir.
Pour aller plus loin
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« L’imprévisibilité – comment s’y préparer concrètement ? »
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Références
| Thème | Source | Lien URL |
|---|---|---|
| Définition de l’imprévisibilité | Caron, J.-F. (2013). Managing the Continuum: Certainty, Uncertainty and Unpredictability in Large Engineering Projects. | https://www.researchgate.net/publication/239735613_Managing_the_Continuum_Certainty_Uncertainty_and_Unpredictability_in_Large_Engineering_Projects |
| Impacts climatiques sur les entreprises (52 % touchées) | Québec Net Positif (communiqué 2024). Baromètre de la transition des entreprises du Québec. | https://www.newswire.ca/fr/news-releases/barometre-de-la-transition-des-entreprises-du-quebec-3e-edition-rentabilite-de-l-action-climatique-les-entreprises-quebecoises-visionnaires-ouvrent-la-voie-844297794.html |
| Préparation insuffisante des entreprises (10 % ont un plan) | Ouranos (2025). Forum sur les enjeux climatiques – données entreprises. | https://www.ouranos.ca/sites/default/files/2025-02/01_Bourgeois_Eve_Jour1_7_Session7_14h.pdf |
| Hausse des attaques cyber au Canada | CIRA (2024). Cybersecurity Report. | https://www.cira.ca/uploads/2024/09/CIRA-2024-Cybersecurity-Report.pdf |
| Tendances cyber nationales (contexte Canada) | Centre canadien pour la cybersécurité (2023–2024). National Cyber Threat Assessment. | https://www.cyber.gc.ca/en/guidance/national-cyber-threat-assessment-2023-2024 |
| Vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement | Gouvernement du Canada (2024). Canada’s State of Trade – Supply Chain Pressures. | https://international.canada.ca/en/global-affairs/corporate/reports/chief-economist/state-trade/2024 |
| Contexte économique et risques pour les PME | Business Data Lab (2025). Business Insights Q1 2025. | https://businessdatalab.ca/wp-content/uploads/2025/03/2025_Q1_BIQ_EN_Final_PG_March-18.pdf |


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